Dépenser sans regarder, c’est facile. Épargner sans s’en rendre compte, c’est un art. Les Français, champions du remboursement régulier dès qu’il s’agit d’un crédit immobilier, se montrent soudainement plus timides devant l’effort d’épargne. Nous vivons à l’ère du paiement sans effort, où le prélèvement automatique ne fait plus peur… sauf, curieusement, quand il s’agit de faire grossir un bas de laine. Seul le plan d’épargne logement (PEL) impose encore de verser chaque mois, mais difficile de crier à la contrainte avec un minimum fixé à 45 euros.
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1 000 euros à investir ? Aujourd’hui, ce ticket d’entrée ouvre la porte à la plupart des placements classiques, sans engagement sur la durée ou sur des versements futurs. Les livrets, accessibles à partir d’une dizaine d’euros, restent une évidence. Mais l’assurance-vie est aussi à portée de main : parmi les 230 contrats passés au crible dans nos Grands Prix d’Assurance Vie, près de 60% sont accessibles dès 1 000 euros. De quoi se constituer un premier rempart financier, sans complexité inutile.
Impossible de courir tous les lièvres à la fois. Sauf à détenir déjà un portefeuille boursier, mieux vaut oublier les actions en direct : impossible de diversifier sérieusement avec une mise aussi modeste. Pour goûter à la bourse sans prendre de risques inconsidérés, deux options intelligentes : rejoindre un club d’investissement, où cinq à vingt épargnants mutualisent jusqu’à 5 500 euros chacun par an, ou miser sur la gestion collective via des trackers ou des Sicav.
Avec 1 000 euros, il est aussi judicieux de faire démarrer le compteur fiscal d’enveloppes à horizon long. Ouvrir un PEA ou un contrat d’assurance-vie multisupport, c’est ajouter deux cordes à son arc pour l’avenir, même si l’on n’en tire pas immédiatement profit.
Les débutants favorisent les livrets réglementés
Livret A. Incontournable, le livret A trône dans 82% des foyers français selon la Banque de France. Libre d’impôt, souple, liquide : impossible de faire plus simple. On peut retirer son argent à tout moment, sans pénalité. Seule limite : le rendement, figé à 0,75% pour toute l’année 2019 et promis à une évolution peu flatteuse avec le nouveau mode de calcul prévu en 2020. Même si l’inflation rogne un peu l’intérêt, le livret A reste l’outil de référence pour une épargne de précaution, sans forcément s’obstiner à atteindre son plafond de 22 950 euros.
Livret Jeune. Encore plus attractif, mais réservé aux 12-25 ans. Le livret Jeune échappe lui aussi à l’impôt. Pour séduire ces futurs clients, certaines banques proposent un taux supérieur au minimum légal (0,75%), allant jusqu’à 2% par an pour les offres les plus généreuses. À surveiller également : les primes à l’ouverture, qui peuvent grimper à 50 euros. Attention cependant, un seul livret Jeune par personne, et impossible de dépasser le plafond de 1 600 euros hors capitalisation des intérêts.
Notre sélection : BNP Paribas (2%), Monabanq (2%), Société Générale (2%), CIC (1,75%), Crédit Mutuel (1,75%), LCL (1,75%).
L’ultra prudent investit dans le capital de sa banque
Parts sociales. Devenir sociétaire, c’est détenir une part du capital d’une caisse locale. Non cotées en bourse, ces parts affichent une valeur stable, offrant une sécurité recherchée. Le seul risque réel ? La faillite de la banque, un scénario très improbable dans les grands réseaux mutualistes.
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La rémunération, votée chaque année en assemblée générale, reste plafonnée par la loi. Depuis 2017, le gouvernement a desserré la bride : le plafond s’appuie désormais sur la moyenne triennale du TMO (taux moyen des obligations privées) majorée de deux points. En 2018, ce maximum s’élevait à 2,95%. Chaque caisse régionale décide ensuite librement du taux effectivement distribué.
L’autre avantage se situe sur le plan fiscal. Les dividendes sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30% (prélèvements sociaux inclus), ou, en option, à l’imposition progressive avec un abattement de 40%. Possible également d’intégrer ces parts dans un PEA pour bénéficier de son régime avantageux.
La liquidité peut varier : certaines banques remboursent les parts en quelques semaines, d’autres n’ouvrent qu’une fenêtre annuelle, et dans certains cas, il faudra patienter jusqu’à cinq ans pour récupérer sa mise, parfois contre une meilleure rémunération.
Notre sélection : Crédit Agricole (Anjou Maine : 2,95%, Provence Côte d’Azur : 2,93%, Centre-Est : 2,10%, Normandie : 2%), Crédit Mutuel Nord Europe (1,75% pour la part C), Crédit Mutuel Arkéa (1,70%).
Le fiscophobe finance sa retraite grâce à l’État
Perp. Allergique à l’impôt ? Le plan d’épargne retraite populaire (PERP) est fait pour vous. Accessible à tous, il fonctionne en deux temps : une phase d’épargne, puis, une fois à la retraite, une rente viagère. Avec la loi Pacte, la sortie en capital, partielle ou totale, devrait aussi devenir possible.
L’atout du PERP : les versements sont déductibles du revenu imposable, dans la limite de 10% des revenus professionnels de l’année précédente (après abattement de 10%), plafonnés à huit fois le plafond de la sécurité sociale, soit 32 419 euros en 2019. Mais attention, la rente sera, elle, imposée lors du départ à la retraite. Le PERP séduit donc surtout ceux qui anticipent une baisse de revenus, et d’impôt, après l’activité.
La fiscalité des versements en 2019 réclame un peu de vigilance, à cause des règles anti-optimisation liées à « l’année blanche » 2018. Ceux qui découvrent le PERP peuvent déduire librement leurs versements dans la limite du plafond. Les détenteurs d’un PERP en 2018 devront veiller à ne pas voir leur déduction limitée si le montant versé en 2018 était inférieur à celui de 2017 et de 2019 : dans ce cas, seule la moyenne des versements 2018 et 2019 est déductible.
Notre sélection : Mes-Investissements PERP, Puissance Avenir PERP et LinXea PERP (pour leur fonds en euros performant géré par Suravenir) ; PERP Eres 163x (Swiss Life) pour la qualité de ses supports ; Multi PERP (Mutavie) pour sa gestion accessible.
Stock non imposable en hausse des livrets
LEP. Trop discret, le livret d’épargne populaire (LEP) s’adresse aux foyers aux revenus modestes. Son rendement surclasse celui du livret A : 1,25% cette année. Son ouverture est soumise à conditions de ressources, calculées sur le revenu fiscal de référence de l’avis d’imposition. En 2019, les plafonds s’établissent à 19 779 euros pour une personne seule, 30 342 euros pour un couple sans enfant, 40 905 euros pour un couple avec deux enfants. On peut y déposer jusqu’à 7 700 euros et ouvrir deux LEP par foyer.
Livrets bancaires. Les « superlivrets » des banques ne font plus rêver avec leurs taux en berne, mais pour un épargnant non imposable, ils gardent un intérêt : seuls les prélèvements sociaux (17,2%) s’appliquent. En chassant les offres promotionnelles et les primes, on peut parfois battre le livret A ou le LDDS. Il faut donc savoir rester à l’affût et ne pas hésiter à changer de livret dès qu’une offre s’éteint. Une gymnastique qui reste rentable pour les plus déterminés.
Notre sélection : Livret Distingo de PSA Banque (3,10% brut deux mois puis 1%), Livret Orange Banque (1% brut), Livret Zesto de RCI Bank and Services (1% brut), Livret Fortuneo Banque (2,5% brut quatre mois puis 0,30%).
L’investisseur s’initie à la bourse
Trackers. Pour faire grossir son capital, rien de tel que les actions, mais difficile de viser assez large avec seulement 1 000 euros. Les trackers, ou ETF, s’imposent alors comme la solution : ces fonds reproduisent la performance d’un indice entier, comme le CAC 40, et permettent, en une seule opération, d’investir sur un large panier de valeurs. Autre atout, les frais de gestion sont contenus, de 0,20 à 0,50% par an en moyenne.
Les trackers s’achètent et se revendent comme des actions, via leur code Isin. On peut passer par sa banque ou, pour des frais réduits, par un courtier en ligne. Pour composer un portefeuille équilibré, une répartition type pourrait être : 60% sur la zone euro, 25% sur les États-Unis, 15% sur les marchés émergents. Autre option, tout miser sur un ou plusieurs ETF mondiaux. Le choix ne manque pas : privilégiez les grands émetteurs (Amundi, BNP Paribas, Lyxor…) et les indices réputés (CAC 40, Euro Stoxx 50, MSCI World…).
Notre sélection : ETF Amundi CAC 40 OPCVM ETF EUR (LU1681046931), HSBC Euro Stoxx 50 OPCVM ETF EUR (IE00B4K6B022), BNP Paribas Easy S&P 500 OPCVM ETF EUR (FR0011550185), Lyxor MSCI World OPCVM ETF EUR (FR0010315770).
Dérivés pour l’amateur de sensations fortes
Turbos. Les investisseurs en quête d’adrénaline peuvent se tourner vers les produits dérivés. Les turbos permettent, pour une mise limitée, de miser gros grâce à l’effet de levier. Les produits « put » misent sur la baisse d’un actif, les « call » sur la hausse.
Le fonctionnement du turbo est limpide : la valeur du produit correspond à la différence entre le cours du sous-jacent et le niveau de financement, ajustée par la parité. Exemple concret : un turbo sur le CAC 40 avec un niveau de financement de 5 000 points et une parité de 100/1. Si le CAC 40 cote 4 800 points, le turbo vaut 2 euros (200 points d’écart divisés par 100). Si l’indice chute à 4 700 points, le turbo grimpe à 3 euros. Un gain de 50% pour une variation du CAC 40 de 2%. Effet de levier puissant, mais attention à la barrière de désactivation : si le niveau est franchi, le turbo devient sans valeur, sans appel. Se former s’impose avant de tenter l’aventure, et l’ouverture d’un compte chez un courtier comme Bourse Direct, Boursorama ou Fortuneo sera indispensable.
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Solidaire, il partage ses gains
Livret solidaire. Ceux qui veulent donner du sens à leur épargne peuvent choisir une solution engagée : le livret solidaire. Peu nombreux, ces produits, labellisés par l’association Finansol, reversent au moins 25% des intérêts à des associations. L’épargnant peut souvent choisir le bénéficiaire, et des banques spécialisées comme le Crédit Coopératif proposent par exemple le livret Agir (1% brut jusqu’à 15 300 euros, puis 0,10%), dont la moitié des gains alimente l’une des 44 associations référencées.
La fiscalité est spécifique : les intérêts sont soumis au prélèvement forfaitaire unique, sauf la part versée à l’association qui bénéficie d’une taxation réduite à 5% (plus prélèvements sociaux). Cette part ouvre aussi droit à une réduction d’impôt de 66% ou 75% selon l’organisme soutenu. On trouve également des livrets solidaires dans des réseaux comme le Crédit Mutuel, la Maif ou la Macif. Certaines banques, à l’image de La Banque Postale, proposent une option solidaire liée aux gains du livret A ou du LDDS.
Face à la diversité des solutions, la question n’est plus de savoir s’il existe une bonne option, mais laquelle correspondra le mieux au projet de chacun. Entre sécurité, performance, fiscalité ou engagement, les choix d’aujourd’hui dessinent le patrimoine de demain. À chacun d’écrire sa trajectoire, euro après euro.

